Chapitre 8

 

 

Les paroles de Lugh, chargées d’implications et de présages, résonnèrent dans la salle vide. Le problème, c’est que je n’avais aucune idée de ce qu’il voulait dire. Rassembler sa cour ? J’essayai de formuler une question en évitant de passer pour une idiote, mais Lugh me répondit avant que j’aie le temps de la poser. Parfois, je me demande pourquoi je me fatigue à lui parler, étant donné qu’il sait tout ce que je pense à n’importe quel moment.

— Je dois rassembler un petit groupe de partisans fidèles. Au Royaume des démons, j’ai des conseillers, même si je ne sais pas vraiment combien sont vraiment loyaux envers moi. Je les ai hérités de mon père et certains d’entre eux apprécient autant les coutumes que Dougal et seraient heureux de se débarrasser de moi. Je dois former un nouveau Conseil, un qui me serve dans la Plaine des mortels.

— D’accord, dis-je lentement. Comment vas-tu t’y prendre ?

— Je vais commencer par ceux que je sais être loyaux envers moi.

Je fronçai les sourcils.

— En d’autres mots… Adam. C’est peu pour un Conseil.

Il me regarda d’un air méfiant.

— J’inclus Raphael. Je sais que tu n’es pas convaincue par sa loyauté mais je pense qu’il souhaite sincèrement que je remonte sur le trône.

— Mais…

— Il t’en a beaucoup plus appris sur ce qui s’est passé dans le laboratoire de Houston que ce à quoi on aurait pu s’attendre. Il n’y était pas obligé.

J’éclatai d’un rire qui fut aussitôt englouti par la salle caverneuse.

— Tu as écouté les conneries qu’il m’a racontées ? Il ne fait pas partie des gentils, Lugh.

Il haussa les épaules.

— Considère qu’il est un mal nécessaire, alors.

Je n’aimais pas ça mais Raphael était trop lié à ma vie et à celle de Lugh pour en être exclu.

— Très bien. Ton Conseil est constitué d’Adam et de Raphael.

— De toi et de Dominic.

— Presque une armée.

J’eus l’impression que Lugh s’était mis à compter à rebours depuis cent pour rester calme. Je lui faisais cet effet et ce n’était pas involontaire de ma part.

— Pour le moment, dit-il quand il eut dominé son évident désir de m’étrangler, je ne vois qu’un autre démon à qui je puisse faire assez confiance pour l’admettre dans le cercle.

Je ne sais pas s’il agissait d’une prémonition pure et simple ou si je supposai seulement d’après l’expression de Lugh, mais ce corset stupide me serra soudain au point de chasser l’air de mes poumons.

— Je t’en prie, ne dis pas que tu penses à la même personne que moi, bégayai-je.

La lueur de regret dans ses yeux confirma que j’avais deviné juste.

— Saul a été spécialement visé à cause de sa loyauté envers moi et Dominic et lui se sont révélés compatibles. Il y aura des… complications s’il nous rejoint dans la Plaine des mortels, mais j’ai besoin de plus d’alliés.

Je secouai la tête en cherchant mon souffle. Peu importait qu’il s’agisse d’un rêve et que je n’aie pas vraiment besoin de respirer.

— Non !

Je n’avais jamais rencontré Saul. Je ne pense pas que le peu de temps que nous avons passé ensemble, à savoir quand je l’ai exorcisé, puisse être considéré comme une véritable rencontre. Mais en dépit de mon attitude parfois contestable envers Dominic, je devais admettre que ce dernier était pour moi un ami. Je ne voulais pas le perdre, comme j’avais perdu tous ceux qui avaient compté pour moi.

D’accord, je sombrais un peu dans le mélo. Je n’avais pas vraiment perdu Brian, et ce n’était pas faute d’avoir essayé. Mais j’avais perdu ma meilleure amie, mon père, mon frère… Ça suffisait.

Après cette séance d’autoapitoiement, je m’autorisai à penser aux autres.

— Tu ne peux pas faire ça à Adam ! protestai-je.

Peut-être que je n’aimais pas Adam, mais même le pire des idiots aurait pu voir qu’il aimait Dominic. Il avait déjà eu une liaison avec Saul, mais celle-ci n’avait pas eu la même intensité émotionnelle.

— Adam ne sera pas content, dit Lugh, mais il comprendra que c’est pour notre bien.

Je pensais connaître la colère. Je savais désormais ce que c’était d’être vraiment folle de rage.

— Espèce de salopard au sang froid et au cœur de pierre ! Et Dominic, alors ? Tu le sacrifies pour le bien commun ?

Je relevai le bas de ma robe et de mes jupons ou quels que soient les chiffons que je portais et je montai bruyamment les marches de l’estrade avant de baisser un regard furieux sur Lugh.

— Comment oses-tu ?

Je n’étais plus impressionnée par son attitude royale. Je lâchai mes froufrous et envisageai sérieusement de lui envoyer mon poing dans la figure, sachant très bien que cela n’avancerait à rien. Mais un tel geste me permettrait de soulager ma rage et ma douleur et, oui, la peur qui bouillonnait en moi aussi. Dès que je commençais à penser que Lugh était un chic type, je recevais une sorte de piqûre de rappel : c’était un démon, et les démons ne pensaient pas comme les êtres humains.

— Calme-toi, dit Lugh en levant les yeux, impassible face à ma réaction.

Il n’aurait rien pu trouver de mieux pour m’énerver davantage. Je décidai de lui balancer ce coup de poing, après tout. Il ne fit aucun effort pour l’éviter. Après tout, je ne risquais pas de lui faire grand mal. Sa tête fut projetée en arrière sous le choc et sa couronne glissa sur le côté, mais il ne changea pas d’expression.

— Quand tu auras fini ta crise, dis-le-moi et je terminerai ce que j’ai à dire.

Croisant les bras sur la poitrine, il fit mine de patienter.

Je fus sérieusement tentée de laisser libre cours à ma « crise », comme il disait, mais je luttai malgré tout contre cette impulsion. Peut-être avais-je mal compris ce qu’il avait voulu me dire. Peut-être ne prévoyait-il pas de sacrifier Dominic comme un agneau.

Nan. C’était exactement ce qu’il avait voulu dire et je le savais. Mais même si brailler, crier ou me donner en spectacle de tant d’autres manières aussi stupides me soulageait, je savais que cela ne nous servirait à rien, ni à moi ni à Dominic.

J’aspirai autant d’air que possible, me sentant proche du vertige à cause du manque d’oxygène.

— Enlève-moi ce fichu corset, lançai-je à Lugh.

Je regrettai aussitôt ces paroles. Chaque fois que je me plaignais de la manière dont il m’avait vêtue, je me retrouvais dans une tenue bien pire. Je me préparai à quelque chose d’embarrassant et de léger mais, pour une fois, il évita de me tourmenter davantage.

Je respirais plus facilement. Quand je baissai avec précaution les yeux sur mon corps, je découvris que j’étais habillée d’un confortable et large survêtement gris. La tenue ne s’harmonisait pas vraiment avec cette grande salle ni avec les rouge et or royaux de Lugh, mais elle me convenait plus que la « toilette Marie-Antoinette ». Je serrai les mâchoires pour me contraindre à garder le silence et jetai un regard empli de haine à Lugh, qui était toujours calmement installé sur son trône.

Quand il fut certain que je n’allais pas lui tomber dessus à bras raccourcis, il reprit la parole.

— Adam est un de mes sujets. Si je lui demande de ne pas prendre position pour que Saul puisse posséder son amant, il le fera.

Si je serrais davantage les dents, je risquais d’en casser quelques-unes. Pourtant, je parvins à me maîtriser en attendant qu’il finisse.

— Toutefois, Dominic n’est pas un de mes sujets et je n’exerce aucune autorité sur lui. Je vais lui demander d’accepter d’héberger de nouveau Saul mais, au final, la décision lui reviendra.

Dominic, comme la plupart des hôtes légaux, souffrait du complexe du héros. Il se pouvait qu’il accepte de reprendre Saul tout en sachant qu’il perdrait ce qu’il vivait avec Adam. Et même si cette décision brisait le cœur d’Adam. Mais je n’étais pas un sujet de Lugh. Peut-être pourrais-je « oublier » de mentionner sa requête.

Lugh secoua la tête.

— Tu préfères que je prenne le contrôle la prochaine fois que tu dormiras et que j’appelle moi-même Adam ?

Mon cœur se brisa à cette pensée.

— C’est peut-être ce que tu es en train de faire en ce moment même, non ?

Ce ne serait pas la première fois.

Lugh se leva lentement, m’obligeant à reculer de deux pas pour préserver mon espace personnel. Je suis grande pour une femme, mais Lugh mesure au moins un mètre quatre-vingt-quinze et il me dépassait sans problème. Il tendit les mains vers moi et j’aurais encore reculé si je n’avais eu peur de tomber de l’estrade. Il posa les mains sur mes épaules et serra fermement.

— Je vais être courtois, je vais te donner une chance d’agir seule. Mais tu devras transmettre cette requête, d’une manière ou d’une autre.

Je déglutis avec difficulté.

— Je te déteste.

Comme je ne pouvais supporter de lever les yeux vers lui, je regardai un des boutons dorés qui agrémentaient sa veste.

— Je suis désolé.

— Pourquoi Dominic ? Personne d’autre ne pourrait héberger Saul ?

Je regardais toujours le bouton mais cela ne semblait pas gêner Lugh.

— Tu penses à quelqu’un ?

Je me renfrognai parce que, bien sûr, je n’avais aucun nom en tête. Nous n’avions plus personne d’infiltré dans la Société de l’esprit. Il ne pouvait pas trouver d’hôte légal pour Saul. Alors qui au juste pourrais-je désigner pour être cet hôte ?

— N’oublie pas ce que tu sais des… penchants de Saul, dit Lugh, en me rappelant sans ambiguïté le genre de relation que Saul avait eue avec Adam.

Je ne savais pas – et je ne tenais vraiment pas à savoir – à quel type de « jeu » SM ils s’étaient livrés, mais les pratiques avaient été tellement brutales que Dominic n’avait pu les supporter sans la capacité de guérison d’un démon.

— De nombreux hôtes, pour ne pas dire la plupart, auraient du mal à gérer ces goûts très particuliers, poursuivit Lugh sans pitié. Son union avec l’hôte qui a précédé Dominic n’a pas été heureuse. (Il fronça les sourcils.) Je crains que Saul soit très corrosif quand il n’aime pas quelqu’un.

— Tu veux dire plus corrosif qu’Adam ? demandai-je d’un air incrédule.

J’en oubliai de regarder le bouton et croisai son regard ambre.

— Il y a bien une raison pour qu’Adam et lui soient amis.

— Tu veux dire parce qu’il n’y a que l’un pour supporter l’autre ?

Lugh eut un sourire canaille.

— C’est un peu exagéré mais c’est assez juste. (Le sourire disparut et son emprise sur mes épaules se resserra.) Nous savons déjà que Dominic et Saul s’entendent bien. N’importe quel autre hôte pourrait… souffrir.

Je n’étais pas trop partante pour fourrer un démon, particulièrement un démon de nature « corrosive », dans n’importe quel être humain. Si Saul finissait dans un autre hôte, je me sentirais mal à l’idée que ce dernier puisse souffrir et être maltraité. Mais je préférais que ce soit un étranger plutôt que Dominic. C’était égoïste de ma part, mais je m’en fichais.

— Ne fais pas ça, le suppliai-je. Ne me demande pas de faire ça à Dom.

Lugh fit glisser ses mains le long de mon cou jusqu’à mon visage. Ses yeux étaient semblables à des puits débordant de regret, mais je n’y décelais pas la moindre once de complaisance. Il caressa mes joues avec ses pouces, d’une façon qu’il voulait sans doute apaisante ou sexy, je n’aurais pu dire. Et, pour la première fois, mon corps ne répondit pas au contact de Lugh.

— Enlève tes mains, dis-je.

Ma voix n’avait jamais été aussi froide.

Lugh serra les mâchoires, sans doute en proie à la colère, mais il me lâcha.

— Je te laisse, vingt-quatre heures pour approcher Dominic et Adam et leur faire part de ma proposition. Si tu ne le fais pas d’ici là, je m’en occuperai moi-même.

J’avais déjà éprouvé de la colère, et même de la rage envers Lugh. Mais jamais autant qu’en cet instant. Je lui adressai un regard empli de fureur. Pour une fois, j’étais heureuse qu’il sache exactement ce que je ressentais. Son expression ne changea pas.

Sachant que les choses ne feraient qu’empirer si je restais dans les parages ; je rassemblai mes forces mentales et claquai les portes de mon esprit.

Je me réveillai dans ma chambre, toujours hors de moi. J’avais envie de casser quelque chose, mais je me contentai de balancer mon oreiller à l’autre bout de la chambre. Je n’éprouvai aucun soulagement.

 

Il n’était que 4 heures passées quand je me réveillai, mais je sus que je n’allais pas pouvoir me rendormir. Maudissant Lugh ; je capitulai et traînai ma carcasse privée de sommeil dans la cuisine pour préparer du café extra-fort. Après la première tasse, quelques-unes des cellules endormies de mon cerveau se réveillèrent et je pris conscience que j’avais oublié de poser une question importante à Lugh.

Il parlait d’invoquer Saul dans la Plaine des mortels mais, d’après ce que j’en savais, la seule façon d’appeler un démon particulier était de le faire par son Nom véritable. Comme Lugh me l’avait expliqué, seuls les démons extraordinaires avaient l’honneur discutable d’être affublés d’un Nom véritable. Lugh et ses frères en possédaient un parce qu’ils faisaient partie de la famille royale. Le seul autre démon que je connaissais à en avoir eu un avait été der Jäger et il l’avait gagné en œuvrant comme psychopathe dont l’unique compétence était de pourchasser des démons dans la Plaine des mortels.

Si Lugh avait l’intention d’appeler Saul, cela signifiait que ce dernier avait mérité de posséder un Nom véritable, mais j’ignorais pour quelle raison. Ce n’était peut-être pas important, mais s’il possédait des capacités particulières, je préférais savoir en quoi celles-ci consistaient. Bien sûr, comme j’avais prévu de ne plus jamais adresser la parole à Lugh – ouais, je savais que je n’avais pas le choix mais c’était un joli fantasme – je ne pourrais pas l’interroger. Je pouvais toujours poser la question à Adam, mais il ne me confierait rien sans l’autorisation de Lugh. C’était donc inutile.

Quand le soleil se leva, je me préparai un petit déjeuner froid à base de Cheerios agrémentés de rondelles d’une banane trop mûre. J’avais jusqu’à 4 heures le lendemain matin, en gros, pour transmettre à Adam et Dominic les désirs de Sa Majesté. Jusqu’à ce moment-là, je resterais bouche cousue et je ferais de mon mieux pour oublier cette histoire.

Je choisis de me concentrer sur l’affaire Tommy Brewster. Même si Adam était passé au bureau de Sammy Cho et avait découvert que celui-ci était possédé, nous n’aurions toujours aucune preuve qu’il l’était déjà quand il avait examiné Tommy. Les démons n’ont peut-être pas les mêmes droits que les humains dans notre système judiciaire, mais je devais tout de même produire la preuve concrète que le démon de Tommy avait enfreint la loi pour pouvoir l’exorciser légalement.

Mais si Raphael pensait que la réalité allait me rattraper et m’obliger à laisser tomber cette affaire, il ne me connaissait pas si bien que ça. Il fallait juste que je trouve un moyen de rassembler des preuves.

Plus facile à dire qu’à faire, naturellement. Je n’étais pas détective privé. Mais il me vint à l’esprit que le meilleur moyen de prouver que le démon de Tommy avait possédé ce dernier illégalement était d’obtenir des aveux du démon en personne.

Ce qui signifiait qu’il était temps pour moi de provoquer un face-à-face avec Tommy, le superhôte, et avec le misérable fouille-merde qui habitait actuellement son corps.

Confiance Aveugle
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